L’ « ordinaire » reprend sa place
Après le temps pascal très riche (les communions, célébrations de passage, chapelets, processions, confirmations) et les solennités de la Trinité et du Saint Sacrement, l’Eglise universelle retrouve le temps « ordinaire » ce week-end (11ème dimanche)
Le Temps Ordinaire : L’extraordinaire au cœur du quotidien
Le mot « ordinaire » résonne souvent à nos oreilles modernes comme un synonyme de routine, de monotonie ou de manque d’intérêt. Pourtant, dans le vocabulaire de l’Église, ce terme recèle une profondeur insoupçonnée. Issu du latin ordinatio, il fait référence à l’« ordre », à la succession réglée des semaines, et non à une quelconque médiocrité spirituelle. Loin d’être un simple espace vide entre les sommets que sont Noël et Pâques, le Temps Ordinaire est le lieu de la maturation et de la fidélité.
Le premier secret de ce temps réside dans sa couleur liturgique : le vert. Cette couleur n’est pas choisie au hasard. Elle est le symbole de la croissance, de la vigueur printanière et de l’espérance. Durant ces trente-trois ou trente-quatre semaines, l’Église ne célèbre pas un mystère particulier de la vie du Christ, mais elle contemple le mystère du Christ dans sa totalité. C’est le temps de la marche à la suite du Maître, jour après jour, sur les routes de Galilée. Les lectures des dimanches nous font redécouvrir ses miracles, ses paraboles et ses enseignements d’une fraîcheur toujours nouvelle. Le Temps Ordinaire devient alors le lieu où la liturgie rejoint notre propre vie de tous les jours, avec ses joies simples et ses fardeaux portés en silence.
De plus, ce temps est structuré par un rendez-vous hebdomadaire capital : le dimanche, jour du Seigneur. Chaque premier jour de la semaine est une « petite Pâques ». Ainsi, le Temps Ordinaire n’est pas un désert spirituel, mais une constellation de fêtes de la Résurrection. C’est l’école de la persévérance. Il est facile d’éprouver de la ferveur dans l’émotion de la nuit de Noël ou dans l’allégresse du matin de Pâques. Mais la véritable transformation intérieure se joue dans la durée, lorsque l’enthousiasme initial cède la place à la fidélité du quotidien.
Enfin, c’est durant le Temps Ordinaire que se déploie la vie des saints. En célébrant ces hommes et ces femmes qui ont incarné l’Évangile dans des contextes historiques très divers, l’Église nous rappelle que la sainteté n’est pas réservée à une élite ou à des moments extraordinaires. Elle se tisse dans la trame de nos journées ordinaires, par de petits actes de charité, de patience et de prière.
En définitive, le Temps Ordinaire nous invite à changer de regard sur nos propres existences. Il nous enseigne que Dieu ne se manifeste pas uniquement dans le spectaculaire ou l’exceptionnel, mais qu’il habite le murmure de nos routines. C’est un temps éminemment mystique, où nous apprenons à reconnaître la présence invisible mais active du Ressuscité au cœur de notre histoire sainte de tous les jours. Rien n’est plus extraordinaire que de découvrir que le quotidien est le temple de Dieu.








